Ce que vous vendez là, c'est mon passé à moi."

C'était trop tard, déjà, dans la salle des ventes
Le marteau retomba sur sa voix suppliante
Tout se passe si vite à la salle des ventes
Tout se passa si vite qu’on ne l’entendit pas

Près des paniers d'osier, dans la salle des ventes,
Une femme pleurait ses folles années trente
Et revoyait, soudain, défiler son passé
Défiler son passé, défiler son passé

Car venait de surgir, du fond de sa mémoire,
Du fond de sa mémoire, un visage oublié
Une image chérie, du fond de sa mémoire,
Son seul amour de femme, son seul amour de femme

Hagarde, elle sortit de la salle des ventes
Froissant quelques billets dedans ses main tremblantes,
Froissant quelques billets du bout de ses doigts nus,
Quelques billets froissés pour un passé perdu

Hagarde, elle sortit de la salle des ventes
Je la vis s'éloigner, courbée et déchirante
De son amour d'antan rien ne lui restait plus
Pas même ce souvenir aujourd'hui disparu...
2. Drouot
  • Un beau jour, ou peut-être une nuit
    Près d'un lac, je m'étais endormi
    Quand soudain, semblant crever le ciel
    Et venant de nulle part,
    Surgit un aigle noir

    Lentement, les ailes déployées,
    Lentement, je le vis tournoyer
    Près de moi, dans un bruissement d'ailes,
    Comme tombé du ciel,
    L'oiseau vint se poser

    Il avait les yeux couleur rubis
    Et des plumes couleur de la nuit
    À son front, brillant de mille feux,
    L'oiseau roi couronné
    Portait un diamant bleu

    De son bec, il a touché ma joue,
    Dans ma main il a glissé son cou
    C'est alors que je l'ai reconnu,
    Surgissant du passé,
    Il m'était revenu

    Dis l'oiseau, ô dis, emmène-moi
    Retournons au pays d'autrefois
    Comme avant, dans mes rêves d'enfant
    Pour cueillir, en tremblant,
    Des étoiles, des étoiles

    Comme avant, dans mes rêves d'enfant
    Comme avant, sur un nuage blanc
    Comme avant, allumer le soleil
    Être faiseur de pluie
    Et faire des merveilles
    L'aigle noir, dans un bruissement d'ailes,
    Prit son vol pour regagner le ciel

    Un beau jour, ou peut-être une nuit,
    Près d'un lac, je m'étais endormi
    Quand soudain, semblant crever le ciel
    Et venant de nulle part,
    Surgit un aigle noir

    Un beau jour, ou était-ce une nuit,
    Près d'un lac, je m'étais endormi
    Quand soudain, semblant crever le ciel
    Et venant de nulle part,
    Surgit un aigle noir

    Un beau jour, une nuit
    Près d'un lac, endormi
    Quand soudain
    Il venait de nulle part
    Surgit un aigle noir

    Un beau jour…
    3. L'Aigle Noir
  • Voilà combien de jours, voilà combien de nuits
    Voilà combien de temps que tu es repartie
    Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,
    Pour nos cœurs déchirés c'est le dernier naufrage
    Au printemps tu verras, je serai de retour,
    Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour
    Nous irons voir ensemble les jardins refleuris
    Et déambulerons dans les rues de Paris.

    Dis, quand reviendras-tu
    Dis, au moins le sais-tu
    Que tout le temps qui passe
    Ne se rattrape guère
    Que tout le temps perdu
    Ne se rattrape plus ?

    Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà
    Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois
    A voir Paris si beau dans cette fin d'automne
    Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne
    Je tangue, je chavire, et comme la rengaine
    Je vais, je viens, je vire, je me tourne et je me traîne
    Ton image me hante, je te parle tout bas
    Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi.

    Dis, quand reviendras-tu
    Dis, au moins le sais-tu
    Que tout ce temps qui passe
    Ne se rattrape guère
    Que tout ce temps perdu
    Ne se rattrape plus ?

    J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours
    J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour
    Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir
    Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs
    Je reprendrai ma route, le monde m'émerveille
    J'irai me réchauffer à un autre soleil
    Je ne suis pas de ceux qui meurent de chagrin
    Je n'ai pas la vertu des chevaliers anciens.

    Dis, quand reviendras-tu
    Dis, au moins le sais-tu
    Que tout le temps qui passe
    Ne se rattrape guère
    Que tout le temps perdu
    Ne se rattrape plus ?
    4. Dis, Quand Reviendras-tu
  • Ça ne prévient pas, ça arrive
    Ça vient de loin
    Ça s'est traîné de rive en rive
    La gueule en coin
    Et puis un matin, au réveil
    C'est presque rien
    Mais c'est là, ça vous ensommeille
    Au creux des reins.
    Le mal de vivre
    Le mal de vivre
    Qu'il faut bien vivre
    Vaille que vivre.
    On peut le mettre en bandoulière
    Ou comme un bijou à la main
    Comme une fleur en boutonnière
    Ou juste à la pointe du sein
    C'est pas forcément la misère
    C'est pas Valmy, c'est pas Verdun
    Mais c'est des larmes aux paupières
    Au jour qui meurt, au jour qui vient.
    Le mal de vivre
    Le mal de vivre
    Qu'il faut bien vivre
    Vaille que vivre.
    Qu'on soit de Rome ou d'Amérique
    Qu'on soit de Londres ou de Pékin
    Qu'on soit d'Egypte ou bien d'Afrique
    Ou de la porte Saint-Martin
    On fait tous la même prière
    On fait tous le même chemin,
    Qu'il est long quand on doit le faire
    Avec son mal au creux des reins.
    Ils ont beau vouloir nous comprendre
    Ceux qui nous viennent les mains nues
    Nous ne voulons plus les entendre
    On ne peut pas, on n'en peut plus.
    Alors seul dans le silence
    D'une nuit qui n'en finit plus
    Voilà que soudain on y pense
    A ceux qui n'en sont pas revenus.
    Du mal de vivre
    Leur mal de vivre
    Qu'ils devaient vivre
    Vaille que vivre.
    Et sans prévenir ça arrive
    Ça vient de loin
    Ça s'est promené de rive en rive
    Le rire en coin
    Et puis un matin au réveil
    C'est presque rien
    Mais c'est là, ça vous émerveille
    Au creux des reins.
    La joie de vivre
    La joie de vivre
    Oh viens, viens la vivre
    Ta joie de vivre
    Oh, viens la vivre
    Ta joie de vivre
    5. Le Mal de Vivre
  • Dites-le-moi du bout des lèvres
    Je l’entendrai du bout du cœur
    Vos cris me dérangent, je rêve
    Je rêve

    Oh, dites-le-moi doucement
    Murmurez-le-moi simplement
    Je vous écouterai bien mieux
    Sans doute

    Si vous parlez du bout des lèvres
    J'entends très bien du bout du cœur
    Et je peux continuer mon rêve,
    Mon rêve

    Que l'amour soit à mon oreille
    Doux comme le chant des abeilles
    En été, un jour, au soleil,
    Au soleil

    Regardez, dans le soir qui se penche
    Là-bas, ce voilier qui balance
    Qu'elle est jolie sa voile blanche
    Qui danse

    Je vous le dis du bout des lèvres
    Vous m'agacez du bout du cœur
    Vos cris me dérangent, je rêve,
    Je rêve

    Venez donc me parler d'amour
    À voix basse, dans ce contre-jour
    Et faites-moi, je vous en prie,
    Silence

    Prenons plutôt au soir qui penche
    Là-bas, ce voilier qui balance
    Qu'elle est jolie sa voile blanche
    Qui danse

    Je vous dirai du bout des lèvres
    Je vous aime du bout du cœur
    Et nous pourrons vivre mon rêve,
    Mon rêve
    Mon rêve…
    6. Du Bout des Lèvres
  • Si je t'écris, ce soir, de Vienne
    J'aimerais bien que tu comprennes
    Que j'ai choisi l'absence
    Comme dernière chance
    Notre ciel devenait si lourd
    Si je t'écris, ce soir, de Vienne
    Oh, que c'est beau l'automne à Vienne
    C'est que, sans réfléchir,
    J'ai préféré partir
    Et je suis à Vienne sans toi

    Je marche, je rêve dans Vienne
    Sur trois temps de valse lointaine
    Il semble que des ombres
    Tournent et se confondent
    Qu'ils étaient beaux les soirs de Vienne
    Ta lettre a dû croiser la mienne
    Non, je ne veux pas que tu viennes
    Je suis seul et puis j’aime
    Etre libre, oh que j’aime
    Cet exil à Vienne sans toi

    Une vieille dame autrichienne
    Comme il n'en existe qu'à Vienne
    Me loge, dans ma chambre
    Tombent, de pourpre et d'ambre,
    De lourdes tentures de soie
    C'est beau, à travers les persiennes,
    Je vois l'église Saint-Etienne
    Et quand le soir se pose
    C’est bleu, c’est gris, c’est mauve
    Et la nuit par-dessus les toits

    Que c'est beau, Vienne
    Que c'est beau, Vienne

    Cela va faire une semaine,
    Déjà, que je vis seul à Vienne
    C'est curieux, le hasard
    J'ai croisé, l'autre soir,
    Nos amis de Luntachimo
    Cela va faire une semaine
    Ils étaient de passage à Vienne
    Ils n'ont rien demandé
    Mais se sont étonnés
    De me voir à Vienne sans toi
    Moi, moi, je me promène
    Je suis bien, je suis bien

    Et puis, de semaine en semaine,
    Voilà que je vis seul à Vienne
    Tes lettres se font rares
    Peut-être qu'autre part
    Tu as trouvé l'oubli de moi.
    Je lis, j'écris, mais quand même
    Qu’il est long, l'automne à Vienne
    Dans ce lit à deux places
    Où la nuit, je me glace
    Tout à coup, j'ai le mal de toi

    Que c'est long Vienne
    Que c'est loin Vienne

    Si je t'écris ce soir de Vienne,
    Chérie, c'est qu'il faut que tu viennes
    J'étais parti, pardonne-moi
    Notre ciel devenait si lourd
    mais toi, de Paris jusqu'à Vienne,
    Au bout d'une invisible chaîne
    Tu me guettais, je pense
    Jouant l'indifférence,
    Et tu m'as gardé, malgré moi.

    Il est minuit, ce soir à Vienne.
    Mon amour, il faut que tu viennes
    Tu vois, je m'abandonne
    Il est si beau, l'automne
    Et je veux le vivre avec toi
    Que c’est beau, Vienne
    Avec toi
    Vienne…
    7. Vienne
  • Du plus loin que me revienne
    L'ombre de mes amours anciennes,
    Du plus loin du premier rendez-vous,
    Du temps des premières peines
    Lors, j'avais quinze ans à peine,
    Cœur tout blanc, et griffes aux genoux.
    Que ce fut, j'étais précoce
    De tendres amours de gosse
    Ou les morsures d'un amour fou,
    Du plus loin qu'il m'en souvienne
    Si depuis, j'ai dit "je t'aime"
    Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous.

    C'est vrai, je ne fus pas sage
    Et j'ai tourné bien des pages
    Sans les lire, blanches et puis rien dessus,
    C'est vrai, je ne fus pas sage
    Et mes guerrières de passage
    A peine vues, déjà disparues.
    Mais à travers leurs visages
    C'était déjà votre image,
    C'était vous déjà et le cœur nu,
    Je refaisais mes bagages
    Et poursuivais mon mirage,
    Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous.

    Sur la longue route, qui menait vers vous
    Sur la longue route, j'allais le cœur fou
    Le vent de décembre me gelait au cou
    Qu'importait décembre, si c'était pour vous ?

    Elle fut longue la route
    Mais je l'ai faite la route
    Celle-là qui menait jusqu'à vous,
    Et je ne suis pas parjure
    Si ce soir, je vous jure
    Que pour vous, je l'eus faite à genoux
    Il en eut fallu bien d'autres
    Que quelques mauvais apôtres
    Que l'hiver ou la neige à mon cou,
    Pour que je perde patience
    Et j'ai calmé ma violence,
    Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous.

    Mais tant d'hivers et d'automnes
    De nuits, de jours et personne,
    Vous n'étiez jamais au rendez-vous.
    Et de vous perdant courage
    Soudain me prenait la rage
    Mon Dieu, que j'avais besoin de vous.
    Que le diable vous emporte !
    D'autres m'ont ouvert la porte,
    Heureux, je m'en allais loin de vous.
    Oui je vous fus infidèle
    Mais vous revenais quand même,
    Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous.

    J'ai pleuré mes larmes, mais qu'il me fut doux
    Oh qu'il me fut doux, ce premier sourire de vous
    Et pour une larme qui venait de vous
    J'ai pleuré d'amour, vous souvenez-vous ?

    Ce fut un soir en septembre,
    Vous étiez venus m'attendre
    Ici même, vous en souvenez-vous ?
    A vous regarder sourire,
    A vous aimer sans rien dire
    C'est là que j'ai compris tout à coup
    J'avais fini mon voyage
    Et j'ai posé mes bagages,
    Vous étiez venus au rendez-vous.
    Qu'importe ce qu'on peut en dire,
    Je tenais à vous le dire :
    Ce soir je vous remercie de vous.
    Qu'importe ce qu'on peut en dire,
    Je suis venu pour vous dire,
    Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous.

    Qu'importe ce qu'on peut en dire,
    Je tenais à vous le dire:
    Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous...
    8. Ma Plus Belle Histoire d'Amour, C'est Vous
  • Il pleut sur Nantes
    Donne-moi la main
    Le ciel de Nantes
    Rend mon cœur chagrin.

    Un matin comme celui-là
    Il y a juste un an déjà
    La ville avait ce teint blafard
    Lorsque je sortis de la gare.
    Nantes m'était alors inconnue
    Je n'y étais jamais venue
    Il avait fallu ce message
    Pour que je fasse le voyage:

    "Madame soyez au rendez-vous
    25, rue de la Grange-aux-Loups
    Faites vite il y a peu d'espoir
    Il a demandé à vous voir."

    A l'heure de sa dernière heure,
    Après bien des années d'errance,
    Il me revenait en plein cœur
    Son cri déchirait le silence.
    Depuis qu'il s'en était allé
    Longtemps je l'avais espéré
    Ce vagabond ce disparu
    Voilà qu'il m'était revenu.

    25, rue de la Grange-aux-Loups
    Je m'en souviens du rendez-vous
    Et j'ai gravé dans ma mémoire
    Cette chambre au fond d'un couloir.

    Assis près d'une cheminée
    J'ai vu quatre hommes se lever
    La lumière était froide et blanche
    Ils portaient l'habit du dimanche.

    Je n'ai pas posé de questions
    A ces étranges compagnons,
    J'ai rien dit mais à leur regard
    J'ai compris qu'il était trop tard.
    Pourtant j'étais au rendez-vous
    25, rue de la Grange-aux-Loups
    Mais il ne m'a jamais revue
    Il avait déjà disparu.

    Voilà, tu la connais l'histoire
    Il était revenu un soir
    Et ce fut son dernier voyage
    Et ce fut son dernier rivage.
    Il voulait, avant de mourir
    Se réchauffer à mon sourire
    Mais il mourut à la nuit même
    Sans un adieu, sans un je t'aime.

    Au chemin qui longe la mer
    Couché dans le jardin des pierres
    Je veux que tranquille, il repose,
    Je l'ai couché dessous les roses,
    Mon père, mon père.

    Il pleut sur Nantes
    Et je me souviens
    Le ciel de Nantes
    Rend mon cœur chagrin.
    9. Nantes
  • Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
    Contre qui, comment, contre quoi ?
    C'en est assez de vos violences
    D'où venez-vous, où allez-vous ?
    Qui êtes-vous, qui priez-vous ?
    Je vous prie de faire silence
    Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
    S'il faut absolument qu'on soit
    Contre quelqu'un ou quelque chose
    Je suis pour le soleil couchant
    En haut des collines désertes
    Je suis pour les forêts profondes

    Car un enfant qui pleure,
    Qu'il soit de n'importe où,
    Est un enfant qui pleure
    Car un enfant qui meurt
    Au bout de vos fusils
    Est un enfant qui meurt
    Que c'est abominable d'avoir à choisir
    Entre deux innocences
    Que c'est abominable d'avoir pour ennemis
    Les rires de l'enfance

    Pour qui, comment, quand et combien ?
    Contre qui, comment et combien ?
    À en perdre le goût de vivre,
    Le goût de l'eau, le goût du pain
    Et celui du Perlimpinpin
    Dans le square des Batignolles
    Mais pour rien, mais pour presque rien,
    Pour être avec vous et c'est bien
    Et pour une rose entrouverte
    Et pour une respiration
    Et pour un souffle d'abandon
    Et pour un jardin qui frissonne

    Ne rien avoir mais passionnément,
    Ne rien se dire, éperdument,
    Ne rien savoir avec ivresse
    Riche de la dépossession
    N'avoir que sa vérité,
    Posséder toutes les richesses,
    Ne pas parler de poésie,
    Ne pas parler de poésie,
    En écrasant les fleurs sauvages
    Mais voir jouer la transparence
    Au fond d'une cour aux murs gris
    Où l'aube n'a jamais sa chance
    Contre qui, ou bien contre quoi ?
    Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
    Pour retrouver le goût de vivre,
    Le goût de l'eau, le goût du pain
    Et celui du Perlimpinpin
    Dans le square des Batignolles.
    Et contre rien, contre personne,
    Contre personne et contre rien
    Et pour une rose entrouverte,
    Pour l’accordéon qui soupire,
    Et pour un souffle d'abandon
    Et pour un jardin qui frissonne

    Et vivre, vivre passionnément
    Et ne combattre seulement
    Qu'avec les feux de la tendresse
    Et riche de dépossession
    N'avoir que sa vérité,
    Posséder toutes les richesses,
    Ne plus parler de poésie,
    Ne plus parler de poésie
    Mais laisser vivre les fleurs sauvages
    Et faire jouer la transparence
    Au fond d'une cour aux murs gris
    Où l'aube aurait enfin sa chance

    Et vivre, vivre passionnément,
    Et ne combattre seulement
    Qu'avec les feux de la tendresse
    Et riche de dépossession
    N'avoir que sa vérité,
    Posséder toutes les richesses,

    Rien que la tendresse
    Pour toute richesse
    Rien que la tendresse
    Pour toute richesse
    Rien que la tendresse
    Pour toute richesse

    10. Perlimpinpin
  • Bien sûr ce n'est pas la Seine
    Ce n'est pas le bois de Vincennes
    Mais c'est bien joli tout de même
    A Göttingen, à Göttingen.

    Pas de quais et pas de rengaines
    Qui se lamentent et qui se traînent
    Mais l'amour y fleurit quand même
    A Göttingen, à Göttingen.

    Ils savent mieux que nous, je pense
    L'histoire de nos rois de France,
    Hermann, Peter, Helga et Hans
    A Göttingen.

    Et que personne ne s'offense
    Mais les contes de notre enfance
    "Il était une fois" commencent
    A Göttingen.

    Bien sûr nous, nous avons la Seine
    Et puis notre bois de Vincennes
    Mais Dieu que les roses sont belles
    A Göttingen, à Göttingen.

    Nous, nous avons nos matins blêmes
    Et l'âme grise de Verlaine
    Eux, c'est la mélancolie même
    A Göttingen, à Göttingen.

    Quand ils ne savent rien nous dire
    Ils restent là, à nous sourire
    Mais nous les comprenons quand même
    Les enfants blonds de Göttingen.

    Et tant pis pour ceux qui s'étonnent
    Et que les autres me pardonnent
    Mais les enfants ce sont les mêmes
    A Paris ou à Göttingen.

    O faites que jamais ne revienne
    Le temps du sang et de la haine
    Car il y a des gens que j'aime
    A Göttingen, à Göttingen.

    Et lorsque sonnerait l'alarme
    S'il fallait reprendre les armes
    Mon cœur verserait une larme
    Pour Göttingen.
    11. Göttingen
  • J'ai eu tort, je suis revenu
    Dans cette ville, au loin, perdue
    Où j'avais passé mon enfance
    J'ai eu tort, j'ai voulu revoir
    Le coteau où glissait le soir
    Bleu et gris, ombre de silence
    Et j’ai retrouvé comme avant,
    Longtemps après,
    Le coteau, l'arbre se dressant
    Comme au passé
    J'ai marché, les tempes brûlantes,
    Croyant étouffer sous mes pas
    Les voix du passé qui nous hantent
    Et reviennent sonner le glas.
    Et je me suis couché sous l'arbre
    Et c'était les mêmes odeurs
    Et j'ai laissé couler mes pleurs,
    Mes pleurs
    J'ai mis mon dos nu à l'écorce
    L'arbre m'a redonné des forces
    Tout comme au temps de mon enfance
    Et longtemps j'ai fermé les yeux,
    Je crois que j'ai prié un peu
    Je retrouvais mon innocence
    Avant que le soir ne se pose
    J'ai voulu voir
    Les maisons fleuries sous les roses,
    J'ai voulu voir
    Le jardin où nos cris d'enfants
    Jaillissaient comme sources claires
    Jean-Claude, Régine, et puis Jean
    Tout redevenait comme hier
    Le parfum lourd des sauges rouges,
    Les dahlias fauves dans l'allée,
    Le puits, tout, j'ai tout retrouvé

    Hélas
    La guerre nous avait jetés là
    D'autres furent moins heureux, je crois,
    Au temps joli de leur enfance
    La guerre nous avait jetés là,
    Nous vivions comme hors-la-loi
    Et j'aimais cela, quand j'y pense
    Oh mes printemps, oh mes soleils,
    Oh mes folles années perdues,
    Oh mes quinze ans, oh mes merveilles,
    Que j'ai mal d'être revenu
    Oh les noix fraîches de septembre
    Et l'odeur des mures écrasées
    C'est fou, tout, j'ai tout retrouvé

    Hélas

    Il ne faut jamais revenir
    Au temps caché des souvenirs
    Du temps béni de son enfance
    Car parmi tous les souvenirs
    Ceux de l'enfance sont les pires,
    Ceux de l'enfance nous déchirent
    Vous, ma très chérie, ô ma mère,
    Où êtes-vous donc, aujourd'hui
    Vous dormez au chaud de la terre
    Et moi, je suis venu ici
    Pour y retrouver votre rire,
    Vos colères et votre jeunesse
    Et je suis seul avec ma détresse

    Hélas

    Pourquoi suis-je donc revenu
    Et seul, au détour de ces rues
    J'ai froid, j'ai peur, le soir se penche
    Pourquoi suis-je venu ici
    Où mon passé me crucifie
    Elle dort à jamais mon enfance…
    12. Mon Enfance
  • C'est parce que ton épaule à mon épaule,
    Ta bouche à mes cheveux et ta main sur mon cou,
    C'est parce que dans mes reins quand ton souffle me frôle,
    C'est parce que tes mains, c'est parce que joue à joue,
    C'est parce qu'au matin, c'est parce qu'à la nuit
    Quand tu dis "viens", je viens, tu souris, je souris.
    C'est parce qu'ici ou là dans un autre pays
    Pourvu que tu y sois, c'est toujours mon pays.
    C'est parce que je t'aime
    Que je préfère m'en aller
    Car il faut savoir se quitter
    Avant que ne meure le temps d'aimer.
    C'est parce que j'ai peur de voir s'endeuiller
    Les minutes, les heures, les secondes passées.
    C'est parce que je sais qu'il faut un presque rien
    Pour défaire une nuit et se perdre au matin.
    Je ne laisserai pas pencher sur notre lit
    Ni l'ombre d'un regret, ni l'ombre de l’ennui,
    Je ne laisserai pas mourir au fil des jours
    Ce qui fut toi et moi, ce qui fut notre amour.
    Il ne sera jamais emporté par le temps
    Je l'emporte moi-même, il restera vivant.
    Oh laisse-moi, oui je t'aime
    Mais je préfère m'en aller
    Car il faut savoir se quitter
    Avant que ne meure le temps d'aimer.
    J'en ai vu, comme nous, qui allaient à pas lents
    Et portaient leur amour comme on porte un enfant.
    J'en ai vu comme nous qui allaient à pas lents
    Et tombaient à genoux dans le soir finissant.
    Je les ai retrouvés, furieux et combattants
    Comme deux loups blessés, que sont-ils maintenant ?

    Ça, je ne veux pas, je t’aime
    Je ne veux pas nous déchirer.
    C’est mieux crois-moi de nous quitter
    Avant que ne meure le temps d’aimer.
    C’est mieux, bien mieux, de nous quitter
    Avant que ne meure le temps d’aimer.
    13. Parce Que Je t'Aime
  • A mourir pour mourir
    Je choisis l'âge tendre
    Et partir pour partir
    Je ne veux pas attendre. (bis)

    J'aime mieux m'en aller
    Du temps que je suis belle
    Qu'on ne me voie jamais
    Fanée sous ma dentelle. (bis)

    Et ne venez pas me dire
    Qu'il est trop tôt pour mourir
    Avec vos aubes plus claires
    Vous pouvez vous faire lanlaire…

    J'ai vu l'or et la pluie
    Sur les forêts d'automne
    Les jardins alanguis,
    La vague qui se cogne. (bis)

    Et je sais sur mon cou
    La main nue qui se pose
    Et j'ai su à genoux
    La beauté d'une rose. (bis)

    Et tant mieux s'il y en a
    Qui, les yeux pleins de lumière
    Ont préféré les combats
    Pour aller se faire lanlaire…

    Au jardin du bon Dieu
    Au fond quelle importance
    Qu'on s'y couche amoureux
    Ou tombé pour la France. (bis)

    Il est d'autres combats
    Que le feu des mitrailles
    On ne se blesse pas
    Qu'à vos champs de bataille. (bis)

    Et ne comptez pas sur moi
    S'il faut soulager mes frères
    Et pour mes frères ça ira
    J'ai fait ce que j'ai pu faire…


    Si c'est peu, si c'est rien,
    Qu'ils décident eux-mêmes
    Je n'espère plus rien
    Mais je m'en vais sereine. (bis)

    Sur un long voilier noir
    La mort pour équipage
    Demain, c'est l'au revoir,
    Je quitte vos rivages. (bis)

    Car mourir pour mourir
    Je ne veux pas attendre
    Et partir pour partir
    J'ai choisi l'âge tendre…
    14. A Mourir Pour Mourir
  • Pantin la bleue, Pantin la belle,
    Aux grisailles de White Chapell
    Pantin Novembre, presque l'hiver
    Les arbres se déshabillaient
    Et, de prairie en champ de blé,
    Vous avez bousculé le ciel,
    Vous avez repoussé l'hiver
    Et réinventé les étés
    Et de rivières en coteaux,
    De marguerites en champs de blé,
    De mimosa en coquelicots,
    Pantin miracle s'est levé
    Pantin folie, Pantin vaisseau,
    Au bout de vos cœurs étoilés
    Vous avez planté des soleils,
    Plus flamboyants que le soleil.

    Pantin espoir, Pantin bonheur,
    Oh, qu'est-ce que vous m'avez fait là ?
    Pantin qui rit, Pantin j'en pleure,
    Pantin, on recommencera
    Pantin merveille, Pantin miracle,
    Oh, mille Pantin étoilés
    C'est l'amour dans la lumière
    Et pleurs dans leurs doigts, cachés
    Pantin folie, Pantin vaisseau
    Au bout de nos cœurs étoilés
    Nous avons planté des soleils,
    Plus flamboyants que des étés.

    Pantin c'est l'heure
    Pantin bonsoir
    On recommencera demain
    Pantin soleil,
    Pantin merveille,
    Pantin, Pantin, Pantin, Pantin...
    15. Pantin
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